Cet outil, initialement basé sur un fonctionnement pragmatique, est promu par des institutions comme l'ONU (Année du microcrédit en 2005) et la Banque Mondiale (qui a notamment créé le CGAP [1]) depuis le début des années 2000. Quand il est de surcroît appuyé par des fondations, des personnalités de la sphère politico-médiatique et couronné par l'attribution d'un Prix Nobel de la Paix (Muhamad Yunus et la Grameen Bank en 2006), l'idée tend à devenir « la solution miracle » pour sortir de la pauvreté.
L'engouement général pour la création d'institutions de microcrédit permet d'envisager la coopération Nord-Sud autrement que par le don et l'assistanat. Dans un monde de plus en plus incertain, ce modèle permet aussi d'aspirer à un monde plus juste. Mais la réalité apparaît de moins en moins idyllique sur le terrain car aujourd'hui, les vertus du microcrédit sont parfois galvaudées et d'un outil de développement local, on veut faire un outil miracle au risque que ce ne soit qu'un outil financier.
En période de crise financière et de remise en question des systèmes financiers déconnectés de la réalité, la microfinance est une alternative pour que l'outil financier serve le développement sans exclure un segment de population. Les bénéficiaires des programmes de développement et des ONG en général sont des entrepreneurs à part entière, et ils ont besoin de solutions adaptés à la taille de leurs entreprises. Et outre le microcrédit, la microfinance englobe bien d'autres services, utiles aux microentrepreneurs pour développer ou renforcer une activité génératrice de revenus : crédit, mais aussi épargne, assurance et transferts de fonds. Mais la microfinance ne s'adresse pas aux plus pauvres des pauvres, elle cible principalement des bénéficiaires qui doivent démontrer leur capacité de remboursement.
Par ailleurs, il semblerait aujourd'hui que la concurrence entre institutions de microfinance et les pressions de rentabilité se traduisent par une agressivité commerciale de moins en moins compatibles avec des objectifs de solidarité. Quand elle est utilisée de cette « mauvaise » manière, la microfinance s'éloigne de son objet social, pire, elle peut parfois générer des cas de surendettement.
Conscients de ce phénomène, certains acteurs dont les activités sont orientées vers les pays du Sud reconnaissent que le secteur est aujourd'hui en « péril ». Et alors que certaines dérives ont été constatées, ces mêmes structures ont reconnu qu'il était urgent d'agir pour réguler le secteur et de commencer à segmenter ce dernier en distinguant les acteurs de la microfinance à vocation commerciale, des autres, à vocation sociale.
Forte de son expérience dans l'appui d'organisations du Sud - accompagnement dans leur développement et leur professionnalisation pour atteindre la viabilité, l'association Horizons Partagés a aujourd'hui pour objectif de participer à ce débat. A travers ses programmes de formation et de sensibilisation, notre équipe souhaite diffuser aux étudiants, aux professionnels et au grand public une vision critique et réaliste de la microfinance. Pour que cela reste un outil de développement local afin que les étudiants et les différents acteurs en fassent bons usages.
On compte aujourd'hui plus de 10.000 IMF dans le monde pour plus de 150 millions de clients. On estime le nombre de bénéficiaires à 5 millions pour les plus grandes IMF et à quelques centaines pour les plus petites [2]. Divers produits et services sont proposés par ces institutions, leurs objectifs variant selon une approche commerciale, développementaliste ou encore sociale de la microfinance.
[1] Le CGAP, Groupe Consultatif d'Assistance aux Pauvres est un consortium de 33 bailleurs de fonds bilatéraux, multilatéraux, et privés travaillant pour mettre en œuvre des systèmes financiers adaptés aux besoins des pauvres dans les pays en développement. Basé à Washington DC, le CGAP est un pôle de référence reconnu pour la production de normes, d'outils pratiques, de services d'appui technique et de conseil, la formation, et l'information sur les bonnes pratiques.
[2] Boyé Sébastien, Hadjenberg Jérémy et Poursat Christine, 2006, « Le Guide la Microfinance. Microcrédit et épargne pour le développement », Éditions d'organisation, Paris.
Pour plus d'information sur la microfinance, nous vous invitons à visiter les sites Internet suivants :
- Le Portail de la Microfinance, www.lamicrofinance.org. Ce site est dédié à la microfinance au sens large. Il offre un ensemble de services conçus pour les professionnels du secteur et plus généralement pour tous ceux qui sont intéressés par le thème. Cette plateforme compte plus de 800 documents référencés.
- Le MIX MarketTM, www.mixmarket.org, est une plateforme d'information sur la microfinance. Il permet aux acteurs du secteur de la microfinance d'avoir accès aux principaux indicateurs de performance des IMFs partout dans le monde.
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