Le clonage et autres techniques pour se débarrasser des ONGs en Colombie

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La Colombie détient de nombreux records de biodiversité (par exemple les oiseaux, les papillons, les orchidées, etc.) mais également d'autres plus tristes, comme le nombre d'assassinats de syndicalistes, défenseurs des droits de l'homme et autres leaders sociaux. L'assassinat est une recette universelle amplement utilisée en Colombie et qui donne entière satisfaction pour se débarrasser de tous les empêcheurs de profiter en rond. Sauf quand le pays est à la recherche de nouveaux investisseurs et voudrait bien profiter, entre autres, de la manne du tourisme sachant que la Colombie possède encore un fabuleux potentiel dans ce domaine.

Déjà bien avant leur démobilisation, les paramilitaires avaient été priés de ne plus laisser trainer
autant de cadavres au vu et au su de tout le monde car avec toutes ces ONGs liées à des pays
occidentaux ça faisait vraiment désordre. Compréhensifs, les paramilitaires se mirent donc aux
fours crématoires et aux fosses communes, après tout il y avait bien d'autres illustres exemples
ailleurs dans le monde. Mais comme toujours, la méthode s'est avérée imparfaite. La
« démobilisation » des paramilitaires supposait que leurs commandants se rendent à la justice, or ce
qui n'avait pas été prévu c'est que ceux-ci se mettent à table et que certains deviennent un peu trop
bavards. Il a donc fallu les extrader aux USA daredare sous couvert de lutte contre le narco-trafic
afin de mettre un terme à ce déluge de révélations (1). Et grâce à ces informations, de nombreuses
fosses communes ont pu être retrouvées et malgré leur nombre ridicule, les médecins légistes ont
identifiés de nombreux corps. Or l'état s'est engagé à indemniser les victimes. Oh bien sûr la loi est
suffisamment alambiquée pour qu'une simple paysanne n'ait aucune chance de réunir les pièces lui
permettant d'espérer une réparation au moins financière pour l'assassinat de sa famille. Mais c'était
sans compter avec les avocats. Certains y ont vu une manne facile à gagner, d'autres une cause à
défendre. Pour l'état, peu importe, le résultat est le même : ce qui ne devait rester qu'une sinistre
comédie commence à couter cher à l'état, beaucoup trop cher. Et avec les promesses de restitution
des terres aux paysans c'est encore pire, certains exigent vraiment qu'on leur restitue leurs terres !

En fait le monde serait beaucoup plus simple si on pouvait se passer de toutes ces ONGs, on
pourrait alors s'en tenir aux bonnes vieilles méthodes qui ont fait leurs preuves, sans témoins
gênants. Et pas question de les liquider ça ferait jaser. Idée : cloner toutes les associations,
syndicats, etc., au moins les plus gênants, en mettant en place des structures dont le nom et la
fonction ressemble comme deux gouttes d'eau aux originaux mais avec des gens de confiance
étroitement coachés. Puis discréditer les originaux pour ne laisser en place que leurs doublures sans
danger. Ainsi les apparences sont sauves et fini les ennuis. Cette technique n'est pas nouvelle et a été
employée maintes fois avec des succès variables mais jamais encore à une telle échelle. En effet, fin
2011, c'est un vaste plan de discréditation de tout ce qui ressemble de près ou de loin à un défenseur
des droits de l'homme, qui est apparu en plusieurs temps (2).

La recette était grossière et globalement le coup est tombé à l'eau, mais ce genre d'attaque laisse
toujours des traces. Car un objectif raisonnable d'une telle manoeuvre est de couper les vivres aux
ONGs dont le financement dépend bien souvent des ambassades de tel ou tel pays occidental. Cette
affaire aura aussi permis de prendre le pouls de la résistance citoyenne ainsi que de l'indépendance
d'une bonne partie des médias qui s'en sont donnés à coeur joie (ce dernier point n'est pas encore
illustré car c'est un véritable feuilleton à la colombienne).

Que faut-il en retenir, nous, dans notre grand Nord ? D'abord que les ONGs qui travaillent sur le
terrain sont bigrement efficaces, au point de justifier de telles campagnes de dénigrement. A nous
aussi de les soutenir et de relayer leurs combats mais il faudra être de plus en plus prudent dans le
choix de nos partenaires. Et lorsque ceux-ci font l'objet de campagnes de déstabilisation il faut bien
sûr au minimum relayer les informations et dans la mesure du possible participer au déminage du
terrain. Enfin, il ne faudrait pas croire que ce genre d'aventures est une spécificité des pays
tropicaux. Chez nous aussi le détournement d'initiatives citoyennes est une activité bien développée,
et même bien mieux structurée et autrement plus efficace qu'au Sud. Mais ça reste tellement plus
subtil...(3)

(1) http://avenuecolombie.wordpress.com/2011/12/08/impunity-ou-le-quotidien-...
genocide-colombien/ ou http://wp.me/pOtsW-ez
(2) http://avenuecolombie.wordpress.com/2011/12/06/coup-de-force-contre-les-...
de-lhomme-en-colombie/ ou http://wp.me/pOtsW-ej
(3) livre conseillé :L’Industrie du mensonge : Lobbying, communication, publicité & médias
sur http://atheles.org/agone/contrefeux/lindustriedumensonge/index.html

 

Photo cc : adactio

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